Le syndrome de l’imposteur quand on est auteur et sur Bookstagram

Dans notre monde actuel, gouverné par les notes sur Booknode, les likes sur les réseaux sociaux et l’e-réputation, il est normal de se sentir parfois dépassé par la vie virtuelle et, notamment, par le désir constant de reconnaissance, de validation, par la peur de ne pas être assez bien, assez légitime, et par cette constante pression d’excellence, cette constante pression d’être productif.

Dans le monde du livre, il est désormais impossible de passer outre le Bookstagram, le Bookstok, le Booktube, Booknode, Babelio, les avis Amazon, etc. Beaucoup d’achats de livres se font grâce aux avis des uns des autres : lecteurs, influenceurs, chroniqueurs.

Mais, cette dynamique fait que, qu’on soit un auteur ou un créateur de contenus (critiques littéraires, contenus littéraires sur les réseaux), le monde du livre semble de plus en plus toxique, entre volonté de performance, volonté de plaire absolument, volonté de taper à l’œil avec des couvertures toutes semblables, et syndrome de l’imposteur.

Le syndrome de l’imposteur « est un sentiment auto-entretenu d’incompétence et de doute en sa personne et ses compétences, et qui persiste malgré les succès scolaires et professionnels. Il s’agit essentiellement d’un conflit entre la perception que l’on se fait des autres et la façon dont on se perçoit soi-même », lit-on ici.

Et, avec les réseaux sociaux et cette pression de la note, on observe ce syndrome de l’imposteur, non plus seulement chez les auto-entrepreneurs en général, mais chez les auteurs de livres et chez les acteurs actifs du Bookstagram et compagnie.

D’un côté, nous avons beaucoup d’auteurs qui ont peur de publier leurs ouvrages, de faire la promotion, par peur que le livre ne plaise pas, notamment à un lectorat calibré sur les attentes des réseaux sociaux.

Même s’il existe encore des lecteurs qui sortent des sentiers battus, la mode fait que les réseaux mettent davantage en avant certains types de lecture, des lectures vraisemblablement plus appréciées par le lectorat Bookstagram : couvertures tape-à-l’œil faites pour être Instagrammables, tropes tendances comme Ennemies to lovers par exemple, la romance et la dark romance en général, plume facile à lire et cliffhangers en fin de chapitres…

Autant d’éléments qui permettent aux lectrices et lecteurs, qui partagent leurs avis lectures sur internet, d’apprécier un livre sans trop d’efforts. D’un autre côté, beaucoup d’auteurs se sentent donc dépassés face à cette tendance et ne trouvent donc pas leur place sur les réseaux sociaux, surtout quand le livre ne rentre pas dans les tendances.

D’un autre côté, nous avons des lecteurs et des lectrices, parfois chroniqueurs et influenceurs sur les réseaux, qui ne se sentent pas non plus légitimes à donner un avis sur un ouvrage. Certains ont peur de donner leur avis par peur de se faire recaler, de se faire insulter, d’avoir l’impression de n’avoir aucune légitimité à donner son avis sur une œuvre. Alors, que tout le monde est légitime à donner son avis, peu importe le support.

Et, les chroniqueurs ont aussi un autre problème avec les réseaux : acheter des livres et chroniquer des livres UNIQUEMENT parce qu’ils sont tendance (ce qui d’ailleurs augmente leurs nombres de likes etc). Ces livres aestetics et à la mode ont BEAUCOUP d’éloges, mais beaucoup des chroniqueurs n’osent pas dire du mal de ces livres et beaucoup achètent ces livres en fonction de la hype derrière.

Dans le cas de l’auteur et dans le cas du chroniqueur, il y a une peur de s’exprimer finalement et une peur de ne pas être légitime à partager sa parole : son écriture pour l’auteur et son avis pour le lecteur chroniqueur.

Mais, en fait, ce n’est pas inhérent au Bookstagram, ce sont les réseaux sociaux et la vie virtuelle, tout simplement. Comme dans un célèbre épisode de Black Mirror, nous sommes actuellement dans une société où la note prévaut sur tout le reste.

La note sur Google, la note sur Amazon, la note sur les réseaux, la note. Ce n’est pas de la SF, c’est réel, et c’est ce qui donne ce syndrome de l’imposteur sur les réseaux et, de manière générale, dans notre société : les gens ont peur d’être mal notés, mal-reçus, rejetés.

Maintenant, la question est légitime aussi : est-ce si mal de chercher la reconnaissance ? Je ne pense pas, car l’humain est un animal social et qu’il a souvent besoin de reconnaissance pour être heureux dans la vie. Toutefois, la validation des autres ne définit jamais la totalité de la valeur d’une personne et de ce qu’il accomplit.

Autrement dit, chercher la reconnaissance absolument par la note et les avis virtuels n’est jamais une bonne chose car la vie virtuelle fait que les gens ne sont pas eux-mêmes non plus, pas réellement, en étant sur les réseaux, par exemple. Une personne sera toujours un peu différente que dans le réel.

Pour les auteurs, comme pour les chroniqueurs, il faut comprendre plusieurs choses : il est impossible de plaire à tout le monde et vous êtes libre d’accepter ou non la critique. Et, il est impossible que des notes et des avis soient complètement le reflet de la valeur de votre travail.

Il y a un philosophe qui a parlé du sujet, je vous mets la vidéo en premier dans la liste de vidéos sur le sujet :

En savoir plus sur 𝔈ʟᴇʏ ℌᴇʀʙᴏʀɪᴜᴍ

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture