Récemment, je suis tombée sur ce livre sur les réseaux sociaux. Il appartient à une série littéraire de livres qui reprennent des contes de notre enfance, notamment des frères Grimm et de chez Disney, mais d’une manière horrifique.
Des contes, avec une relecture horreur, que je débute avec cette réécriture de Blanche-Neige. Voici ma critique de cet ouvrage après lecture. Vous prouverez aussi tous les liens utiles (avis, où acheter le livre) à la fin de la chronique.

1. Résumé officiel du livre
« Une femme coupable d’un crime dont elle n’a plus souvenir. Une évasion vers une forêt où la noirceur ne vient jamais seule. La découverte d’un manoir abandonné aux secrets bien cachés. Des bougies qui s’éteignent, des ombres qui se lèvent, des objets qui se déplacent d’eux-mêmes. Et des coups qui résonnent contre la porte, avant d’être défoncée…
Cette sombre réécriture du conte Blanche Neige et les sept nains est un plongeon dans les eaux noires et visqueuses de la démence, du complot et du meurtre ; un pas angoissant dans les ténèbres d’un passé oublié d’où les horreurs surgissent sans bruit ni crier gare. Il est déjà trop tard pour reculer – que fuirez-vous d’abord : le présent, ou le passé ? »
2. Fiche d’identité du livre
- 204 pages, police de caractère classique.
- Éditions Contre-dires.
- Auteur : Louis-Pier Sicard (L.P Sicard).
- Publication le 12 mai 2021.
- Pour un public averti de plus de 18 ans.
- Appartient à la série littéraire « Les contes interdits », qui reprennent des contes sous une lecture horrifique et dérangeante. Il y a notamment Peter Pan, Peau d’âne, Cendrillon, etc.
- Thèmes, tropes et TW : horreur, dérangeant, conte horrifique, relecture de conte, symbolisme, folie, présence d’abus sexuels et de viols très violents, violences, torture, meurtres, hôpital psychiatrique, psychédélique, weird fiction, réel / irréel, écriture poétique et gothique, body horror, monstre
- Un roman écrit au « Je » (première personne).

3. De quoi ça parle
Globalement, ce livre est donc une réécriture très éloignée du conte de Blanche-Neige, mais qui fait constamment de petites références à ce conte.
Le livre aborde le conte d’une manière horrifique, l’incarnant davantage dans un monde réel montré comme cruel, lugubre et morbidement réel. On nous plonge dans la réalité la plus dégueulasse, sans filtre, mais avec une prose poétique.
Le roman est raconté au travers des yeux d’Émilie, une femme très belle (trop belle), qui est internée dans un hôpital psychiatrique, sédatée sans voir le soleil et victime de sévices. Un endroit lugubre et froid qu’Émilie va réussir à quitter en s’évadant.
Je ne veux pas vous spoiler (pour les spoilers, ce sera plus bas), mais, même après cette évasion, son supplice est loin d’être terminé, navigant constamment entre le réel et la folie.
4. Avis SANS spoiler
| ✅ Points positifs du livre | ❌ Points négatifs du livre |
|---|---|
| C’est une écriture très poétique (malgré des phrases très longues). Et, personnellement, j’ai donc adoré lire la prose de cet auteur qui magnifie parfaitement ce paradoxe entre belle prose pour le style et histoire qui aborde une cruauté brute et crue. C’est Émilie qui parle, c’est elle la narratrice, et il y a quelque chose de profondément émouvant à lire ce qu’elle ressent et vit, majoritairement des choses horribles, qu’elle aborde avec lassitude ou colère, mais c’est écrit avec tant de poésie, une poésie proche même du style littéraire gothique. | Dans certaines critiques sur Amazon, nous pouvons lire que le style d’écriture de l’auteur peut déranger. Personnellement, j’aime beaucoup, et je trouve aussi (je le dis mieux dans la chronique AVEC spoilers) que cette écriture est justement parfaite pour retranscrire ce que vit la protagoniste. Mais c’est vrai que cela peut rebuter : l’écriture est majoritairement au passé simple (ce qui peut sortir de l’action) et les phrases sont très longues, l’écriture est très poétique également et l’auteur utilise parfois des mots et des suites de mots qui peuvent ralentir la lecture. |
| Certains n’ont pas aimé le fait que le conte ne soit pas assez présent dans ce livre. Mais, au contraire, je trouve que les petites touches qui rappellent le conte fait que c’est une très bonne réécriture qui pousse à s’interroger, voire à relire, pour saisir toutes les références et les parallèles avec les thèmes abordés dans le conte. | Beaucoup de scènes violentes. En soi, c’est ce que promettait le livre, mais beaucoup de gens pourraient vouloir arrêter la lecture dès les premières scènes, notamment de viols extrêmement violents (qui arrivent rapidement). Alors, en soi, ils ne sont pas présents pour rien, mais ça peut brusquer. |
| Le livre se lit très rapidement, il ne fait que 204 pages et il peut totalement se lire en deux fois seulement (pas moins, à mon sens, car les scènes sont violentes et une pause s’impose). Les chapitres sont d’ailleurs assez courts, ce qui permet de faire des pauses assez souvent dans sa lecture. | |
| Un roman intelligemment écrit, avec du symbolisme, des références, mais surtout une vraie mise en abyme de la souffrance interne de la protagoniste par sa manière de raconter les événements. |
EN BREF :
Vous le savez, j’adore les romans surréalistes, à la narration atypique, décousue, alambiquée et j’adore l’univers d’Alice au Pays des Merveilles dans le sens où nous ne savons pas si ce que vit la protagoniste est réel ou irréel. Et c’est justement ce que nous retrouvons ici.
Dans cette réécriture du conte Blanche-Neige, écrit au « Je », nous suivons Emilie, une Blanche-Neige internée dans un hôpital psychiatique dans lequel elle perd peu à peu la raison et son humanité. Mais, un jour, elle parvient à s’enfuir de cet enfer, pour retrouver l’extérieur. Un monde cruel et froid dans lequel notre protagoniste, désirée par les hommes et jalousées par les femmes, se confond entre réalité et illusion.
Pour la part, c’était une très bonne lecture, mais attention tout de même à deux points : l’écriture qui peut rébuter entre phrases longues, poèsie complexe et métaphores ; et les muliples scènes de violences gratuites et de viols extrêmement difficiles à lire parfois.
Mais, malgré ces aspects, j’ai adoré cette mise en abyme rédactionnelle de la folie et de la souffrance de la protagoniste. Une écriture qui, même si elle est atypique, permet justement d’entrer dans la psychée de notre Blanche-Neige. C’est également très cool de voir autant de références au conte sans que cela ne soit une réécriture bête et trop évidente. C’est subtil, mais ça donne même envie de le relire pour en saisir toutes les nuances et les parallèles.

5. Critique d’art AVEC spoilers
Il y a des livres qui transportent, des livres qui font voyager et qui nous plongent dans d’autres univers. Mais, ce roman, ce n’est pas ça. Et c’est exactement ce qu’il promet. Ce livre, réécriture de Blanche-Neige, a la faculté perturbante à nous obliger à regarder, avec colère, dégoût et rancœur, la sombre et cruelle réalité. Une réalité que l’on souhaite à tout prix tordre pour la rendre plus acceptable.
C’est une vision crue du monde, dans toute sa cruauté et dans toute sa laide réalité, qui est écrite ici sous les yeux de notre héroïne, qui regarde ce monde entre lassitude et haine. Un monde qui ne pense pas à elle, dans lequel la souffrance est devenue une normalité et dans lequel l’humain n’est plus rien qu’un instrument du désir d’autrui et de rentabilité personnelle, au détriment de la bien-existence de chacun.
Si vous cherchez un livre qui montre la terrible vérité d’un monde froid et sombre, loin des Bisounours et des sept nains bienveillants, c’est la lecture qu’il vous faut.
Dans ce livre, nous commençons dans un hôpital psychiatrique, froid et sombre, comme l’univers qui engouffre peu à peu Émilie. La prisonnière est accusée du pire, mais n’a aucun souvenir de ce qu’elle aurait pu faire et ne sait même pas ce qu’elle fait ici. L’injustice transpire de la vision d’Émilie, notre narratrice. Nous sommes dans son esprit. Un esprit affuté mais vidé de sa substance à force de ne plus voir le soleil et de ne plus qu’exister comme une prisonnière mais plus comme un humain.
Émilie, mais notre auteur, a une manière de décrire la situation qui pose un dilemme au lecteur. Cela a d’ailleurs été critiqué dans les divers avis sur les sites d’achats de livres. Émilie parle avec de très longues phrases, de manière décousue, elle utilise beaucoup d’images, de métaphores, de tournures de phrases complexes, mais aussi de mots compliqués et le tout au passé simple.
Une écriture alambiquée, mais aussi profondément poétique, qui traduit justement de l’état psychologique de la protagoniste. Intelligente, jugée comme trop belle pour ce monde (comme Blanche-Neige), elle est abusée régulièrement dans cet hôpital, droguée à son insu, des souvenirs effacés et des viols subis constamment de la part du médecin de l’établissement.
Sa manière de parler de la situation montre justement qu’elle sombre peu à peu dans la folie, qu’elle ne sait plus ce qu’elle dit et qu’elle doute de ce qu’elle a fait, elle doute d’elle-même, elle se perd dans ses pensées, dans ses mots, elle ressent plusieurs choses à la fois et elle met les événements à distance en parlant au passé, comme si cela n’avait pas vraiment lieu. Comme si elle préférait que cela n’ait pas lieu.
Une Blanche-Neige, que tous les hommes aiment et que toutes les femmes jalousent, une Blanche-Neige qui va finir par réussir à s’enfuir de cet hôpital psychiatrique mais pour sombrer encore plus dans sa propre folie, dans son inconscient qu’elle tente d’occulter entre traumatismes et violences gratuites.
Alors, elle sombre dans la forêt, cette forêt emblématique du conte dans lequel la belle Blanche-Neige se fait avaler par d’immenses arbres lugubres et une canopée qui referme sa mâchoire sur elle au fil de sa course pour sa propre survie. Une forêt où l’irréel se déverse dans le réel. L’auteur a d’ailleurs très bien retranscrit cette scène du conte original, mais sous le spectre de l’horreur.
Pour cause, dans cette forêt, il n’y a pas que les ombres menaçantes des arbres, il y a aussi un monstre sortant de l’eau qui attaque notre héroïne. Un monstre réel ou non ? Telle est la question. Ce que nous avons aimé avec ce livre, c’est que le réel et l’illusion se confondent régulièrement sans que l’auteur vienne éclairer la lanterne du lecteur.
Nous ne savons pas si ce qu’Émilie vit est vrai ou non, comme Alice dans son Pays des merveilles. Et c’est là que réside la vraie horreur dans ce livre : c’est la peur de se perdre, c’est la peur de ne plus savoir ce qui est vrai, c’est la peur de la folie pure.
L’horreur, Émilie ne connait que trop bien. Victime de viols monstrueux et sordidement décrits par la protagoniste, comme si elle était seulement spectatrice de sa propre souffrance. Mais, lorsqu’elle est confronté à un monstre, et qu’elle se met même à parler avec des animaux, la souffrance physique et mentale laisse place à cet entre-deux, cette défaillance, ce on-ne-sait-quoi de foncièrement dérangeant.
6. Où acheter le livre et lire des avis ?
- Vous pouvez acheter ce livre sur Amazon (ce lien est affilié, ça m’aide beaucoup). Sinon, le livre est disponible chez Cultura et chez La Fnac.
- Vous pouvez lire des avis sur « Blanche-Neige : Les contes interdits » de Louis-Pier Sicard sur les sites cités précédemment, mais aussi sur Babelio, sur Booknode, et sur LivrAddict.