Cold case : Le violeur à la cagoule, toujours dans la nature

En juin et novembre 2004, trois jeunes femmes de Reims ont vu leur vie basculer. La nuit, un homme cagoulé et armé d’un couteau s’introduit chez elles, les viole et disparaît. Vingt ans plus tard, malgré un ADN complet et plusieurs relances judiciaires, l’agresseur reste introuvable.

Tout commence le 4 juin 2004, rue Charles-de-Sèze. Vers une heure du matin, une femme de 23 ans profite de la fin d’une soirée avec des amis. Restée seule, elle ouvre la fenêtre de son rez-de-chaussée pour aérer.

Dans l’obscurité, un inconnu encagoulé s’introduit discrètement, coupe la lumière et surgit. Sous la menace d’un couteau, il la viole longuement, puis disparaît par la fenêtre.

Cinq mois plus tard, le 17 novembre, dans le quartier Murigny, cours Marc-Wawrzyniak, une autre femme est agressée dans des circonstances identiques.

À peine une semaine plus tard, le 23 novembre, une troisième victime subit la même attaque, esplanade Hemingway.

Dans tous les cas, le scénario est le même : rez-de-chaussée, effraction par la fenêtre, couteau, silence imposé. Puis plus rien. Après cette dernière agression, le violeur s’évapore.

Dès la première attaque, le sperme de l’agresseur est prélevé et un profil génétique complet est établi. Mais en 2004, le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) ne contient que 42 500 profils. Aucun match.

Les années passent, le fichier s’élargit jusqu’à dépasser les 3,5 millions de profils, mais l’ADN du violeur n’a toujours pas trouvé de correspondance.

Deux hypothèses dominent : soit l’homme n’a jamais eu affaire à la justice, soit il est mort sans laisser de trace. Une victime avait évoqué une odeur forte, ce qui a orienté un temps les enquêteurs vers le milieu des sans-abris. Plusieurs dizaines de profils ont été vérifiés, sans succès. D’autres ont pensé à un routard de passage. L’affaire reste un mystère.

Pour Anna (faux nom), 23 ans à l’époque, aujourd’hui quinquagénaire, la blessure reste ouverte. « Cette agression a totalement détruit ma vie professionnelle et ma relation avec les hommes », confiait-elle en 2023 au Figaro.

Sa voix tremble encore en évoquant cette nuit où tout a basculé. Les trois victimes partagent ce même fardeau, marquées par la violence d’un inconnu venu de nulle part.

En 2013, un non-lieu est prononcé, mais en 2022, le pôle national des affaires non résolues de Nanterre reprend le dossier. Les magistrats réclament de nouvelles méthodes et, en juin 2025, une avancée symbolique survient.

Le ministère de la Justice autorise pour la première fois en France l’usage de la généalogie génétique dans deux dossiers de viols en série, dont celui de Reims.

Cette technique, déjà employée aux États-Unis, consiste à comparer l’ADN inconnu avec les bases de données généalogiques afin de retrouver un apparenté. Aux États-Unis, elle a notamment permis d’identifier le « Golden State Killer ».

En France, elle a déjà résolu l’affaire du « prédateur des bois ». Les enquêteurs espèrent que ce recours international offrira enfin un visage au profil ADN resté muet.

Ce qui intrigue les policiers, c’est la brièveté de la série. Trois attaques en cinq mois, toutes concentrées dans le même secteur, puis plus rien.

Pas d’antécédents connus, pas de récidive répertoriée ailleurs. Une irruption violente et brutale suivie d’un silence total. Était-il mort peu après ? Avait-il été incarcéré pour d’autres faits sans lien établi à l’époque ? Ou bien vit-il encore anonymement, persuadé d’avoir échappé à la justice ?

Vingt ans plus tard, les victimes attendent toujours des réponses. L’homme qui les a agressées n’est pour l’instant qu’un fantôme, une silhouette encagoulée dont la seule trace est un profil ADN conservé dans un fichier.

La généalogie génétique offrira peut-être une issue à ce mystère. Mais pour l’instant, à Reims, le violeur à la cagoule demeure l’un de ces prédateurs invisibles dont le nom n’a jamais été retrouvé.

VOIR AUSSI : L’affaire de l’homme de Taured : un voyageur venu d’un pays qui n’existe pas

Sources :


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