Le consentement de l’enfant : comment créer un adulte qui ne sait pas dire « non » (réflexion)

Qui a raison entre un enfant qui doit / veut faire la bise (souvent car c’est une norme sociale de politesse et d’encouragement à sociabiliser) pour dire bonjour à un autre enfant et l’autre enfant qui ne veut pas faire la bise ou dire bonjour ? Pareillement, qui a raison entre l’enfant qui joue avec son jouet et l’enfant qui viendrait lui prendre les mains ? 

Je ne sais pas vous, mais je pense personnellement que celui qui n’a pas le choix qui a raison et que celui qui exige et prend sans demander consentement est en tort.

Un enfant qui n’a pas le choix ne devrait donc pas être réprimandé mais celui qui prend sans le consentement de l’autre, oui. 

Mais, malheureusement, c’est souvent l’inverse qu’il se passe. On oblige souvent l’enfant qui ne veut pas à faire semblant de vouloir. “T’es pas poli, allez fais la bise”, “prêtes ton jouet !”, mais pas assez de “ah non, il ne veut pas de bisou” ou de “ne prend pas le jouet de ton frère !”

L’absence de consentement et la normalisation de l’acceptation d’un non-consentement peut faire qu’un enfant, en devenant adulte, aura des difficultés à savoir dire non. Cela peut engendrer de graves soucis et quand on ne sait pas dire non en fonction de ses valeurs et ses besoins, on a tendance à manquer de confiance en soi, de se mettre dans des situations conflictuelles notamment. 

De nombreuses femmes, par exemple, ont subi des viols conjugaux, justement à cause de cette pensée commune qu’il faut dire oui à tout. Et de nombreuses personnes en burn out, en dépression ou encore en anxiété pathologique sont dans cet état à force de ne jamais écouter leurs besoins, leur corps, leurs envies, de vivre pour les autres et toujours dire oui. 

Imaginons que nous soyons attablés à la table d’un restaurant et que je décide de vous prendre votre verre de vin ou même contre chaise et vous piquer votre place alors que vous l’occupiez depuis le début du repas, que vous aviez ce verre depuis le début de notre dîner. 

Vous trouveriez ça très mal poli. C’est pareil ici. L’enfant qui vient prendre le jouet des mains ou voler un bisou à un enfant est en tort comme je suis en tort à vous avoir pris votre verre. Bien que ce verre en particulier ne vous appartient pas, vous vous l’étiez approprié durant le temps de ce repas. Comme l’enfant s’était alors approprié le jouet. 

L’enfant a le droit de refuser de prêter son jouet et vous avez le droit de refuser de prêter votre verre. Dans le cas présent, moi ou l’enfant qui vole le jouet aurions été mieux éduqués et nous aurions eu également raison si nous avions demandé votre consentement. “Est-ce que je peux prendre ton jouet ?” ou “est-ce que je peux voir votre verre ?”. 

Ainsi, vous et l’enfant qui joue avez le choix de refuser ou d’accepter, c’est le consentement. Si vous acceptez, c’est OK, et si vous refusez, c’est OK aussi. Moi ou l’enfant qui voulait prendre le jouet devons accepter votre décision et passer à autre chose et c’est ce qu’il se passe si on est bien éduqué. 

Si nous n’acceptons pas et entrons en conflit, nous faisons alors preuve d’égoïsme. Quant à vous ou à l’enfant qui a le jouet, il n’y a rien d’égoïste dans le fait de ne pas vouloir prêter. L’ego entre certes en jeu car nous attachons une légère importance à ce verre ou ce jouet à l’instant présent, il est à nous à ce moment-là. Mais, ne pas vouloir prêter est souvent mal vu dans notre société, comme le fait de dire non à une soirée entre amis. Mais, en réalité, ne pas vouloir prêter est normal, et le vouloir l’est tout autant. Le consentement, encore une fois. 

En somme, on peut dire que tout est aussi une question de choix. Vous choisissez de dire non pour me donner votre verre, je choisis d’accepter votre choix, et dans le cas contraire, si j’avais volé le verre, j’aurais choisi délibérément de ne pas vous donner de choix et de vous imposer le mien. 

C’est en cela que je dis que c’est égoïste de prendre sans demander et d’obliger sans obtenir le consentement, même pour des choses qui paraissent banales ça a son importance. 

De la même façon, qui a raison entre une personne qui a très chaud et qui veut ouvrir la fenêtre et une qui a très froid et qui ne veut donc pas l’ouvrir ? 

Celui qui n’a pas le choix a raison, encore une fois. Celui qui a chaud à moins de chances de se refroidir sans effort par rapport à celui qui a chaud qui pourrait simplement mieux se couvrir. Celui qui a chaud ne peut pas plus se découvrir notamment. 

Qui a raison entre une personne en randonnée qui veut faire demi-tour car elle est exténuée et une autre qui veut continuer, car elle est en forme, mais elles doivent rester ensemble ? La personne qui peut encore marcher a le choix entre marcher encore et s’arrêter, l’autre personne n’en peut plus, elle n’a donc pas de choix, c’est cette dernière qui a raison. 

Dans les cas comme dans autre, la personne qui choisirait de ne pas donner raison à celle qui n’a pas le choix est donc égoïste par définition car elle pense à elle et impose son choix à l’autre. 

Et donc une personne qui ne veut pas faire l’amour et qui ne donne pas consentement à toujours raison. Ça paraît logique, mais vous seriez surpris du nombre de gens qui ne l’intègrent pas. Et cela vaut même si la personne dit oui mais pense non, justement parce que qu’elle a toujours refoulé son désir de refuser certaines choses pour faire plaisir aux autres.

 Comme dit plus haut, c’est souvent comme ça que se passe un viol conjugal. Bien souvent, dans cette situation, la personne se sent alors piégée et obligée d’accepter le rapport, souvent à cause de la pression sociale mais aussi fréquemment de à cause du chantage affectif souvent exercé dans ce type de situation. 

Obliger quelqu’un à accepter quelque chose en forçant les choses, ce n’est pas accepter son sacrifice mais l’obliger à se sacrifier. Là aussi, c’est égoïste car l’intérêt personnel est tout ce qui compte, plus que le consentement de son partenaire. 

Dans le cas d’un couple avec viol conjugal fait par chantage affectif, par exemple, l’intérêt du chanteur peut se trouver dans son plaisir personnel sexuel mais ce peut être un intérêt social, par exemple pour valider son idée qu’un couplé doit faire l’amour tant de fois en un mois, etc.

 Alors que non, il n’y a aucune obligation en matière de relations intimes, tout cela est une construction sociétale, mais surtout une croyance illusoire. Un mirage qu’on pense être presque une loi universelle et admise, mais qui est le résultat de milliers d’années de société humaine. 

Aujourd’hui, c’est d’ailleurs à cause de ces milliers d’années ancrées que la culture du viol existe. La culture du viol, c’est globalement le fait de banaliser les comportements sexistes et violents qui peuvent mener à une agression ou viol. 

Par exemple, penser qu’une fille aguiche parce qu’elle met une jupe, penser que si on drague, ça veut dire qu’on veut conclure, penser que le devoir de la femme est d’enfanter et qu’elle doit satisfaire son mari, ne pas montrer ses épaules à d’autres hommes, etc.

 C’est à la fois banaliser la sexualisation, banaliser le viol, mais c’est aussi une sexualisation intensive souvent des femmes, ainsi qu’une manie de prendre les gens, souvent les femmes, pour des objets, pour une appartenance, pour un bien privé. 

Finalement, lorsqu’on critique la culture du viol, on critique à la fois le sexisme et une forme d’esclavagisme moderne sociétale et internalise dans les mœurs. 

Actuellement, cette internalisation est très difficile à dé-inculquer. Il faut dire que si dès qu’on est enfant, on apprend à la petite fille à toujours dire oui et ah petit garçon à protéger les petites filles ou à leur voler des bisous, ou inversement bien entendu, il y a peu de chances que cela change. 

Et donc, voyez-vous maintenant l’importance d’inculquer le respect du choix aux enfants ? 


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