Un visage qui supplie, qui pleure, qui sourit sans raison. Pas le sien. Celui d’un autre, greffé à l’arrière de son crâne. Voilà comment la légende décrit Edward Mordrake, cet aristocrate anglais du XIXe siècle au destin aussi fascinant qu’inquiétant.
Un homme dont le nom est revenu sur le devant de la scène grâce à American Horror Story, dans sa quatrième saison “Freak Show”. Mais derrière le mythe relayé par la série, y a-t-il une réalité ? Ou sommes-nous face à l’un des plus anciens hoax médicaux de l’ère victorienne ?
1. Une histoire née dans les journaux du XIXe siècle
L’histoire d’Edward Mordrake (ou Mordake, selon les sources) apparaît pour la première fois dans les années 1890 dans un article du Boston Post, puis dans le Anomalies and Curiosities of Medicine de George M. Gould et Walter L. Pyle (1896), une encyclopédie médicale recensant les bizarreries anatomiques de l’époque.
Mordrake y est décrit comme un jeune noble anglais, « beau, intelligent, musicien accompli », mais né avec une malédiction : un second visage à l’arrière de son crâne.
Ce visage, qualifié de « démoniaque » , ne parlait pas, ne mangeait pas, mais semblait rire quand Mordrake pleurait, et murmurer des choses atroces la nuit.
Des chuchotements constants, si terribles qu’ils le poussent, selon la légende, à supplier les médecins de le lui retirer. Aucun n’aurait osé. Edward se serait alors suicidé à 23 ans.
Voilà pour la version officielle. Une histoire qui tient plus du conte gothique que du dossier médical. Mais qui a marqué durablement les esprits.

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2. Une légende, pas une réalité médicale
Premier problème : aucun registre britannique, aucune archive médicale sérieuse, ne mentionne un Edward Mordrake. Pas de noblesse, pas de tombe, pas de certificat.
L’histoire semble avoir été purement inventée, ou très largement embellie, par les auteurs victoriens friands de freaks et de « monstres scientifiques ».
La description évoque une forme de parasitisme crânio-facial, ou craniopagus parasiticus, une pathologie extrêmement rare où un jumeau partiellement formé reste fusionné à un individu.
Mais aucun cas connu ne correspond précisément à celui de Mordrake : les “visages” observés dans ces anomalies ne sourient pas, ne pleurent pas, et surtout… ne murmurent rien. L’idée d’un visage pensant et malveillant semble directement sortie de l’imaginaire romantique du XIXe siècle.
D’ailleurs, des chercheurs comme Alex Boese, spécialiste des canulars scientifiques, affirment que l’histoire est probablement une pure invention journalistique, créée pour fasciner les lecteurs et vendre du papier. Et ça a marché.

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3. La récupération par American Horror Story
Plus d’un siècle plus tard, Edward Mordrake refait surface, cette fois dans un univers déjà peuplé de créatures étranges et de destins brisés : American Horror Story : Freak Show (2014).
Dans la série, Mordrake est devenu une légende du monde du cirque : un esprit vengeur qui revient chaque Halloween pour réclamer l’âme d’un freak.
Interprété avec intensité par Wes Bentley, le personnage est fidèle à la légende originelle : noble, cultivé, tourmenté par son second visage, et poussé au suicide. Mais la série va plus loin : elle en fait une figure tragique, presque mythologique, hantant ceux qui lui ressemblent.

Ce choix n’est pas anodin. Freak Show est une saison centrée sur la différence, la monstruosité sociale, l’exploitation des corps atypiques. Mordrake y devient le symbole ultime du rejet et de la dualité.
Son « visage démoniaque » incarne les voix intérieures, la honte, la maladie mentale, les traumatismes refoulés, des thèmes chers à la série.